punked !!!: Recent Episodes

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“Sous les coups de boutoir des ligues féministes
La moitié des messieurs brûle d’être onaniste
L’autre d’aller s’ faire enculer”

“Enculer”. Définition (selon Bob) : “(vulgaire) sodomiser”.

En 1982, Gogol 1er et sa Horde sortaient le titre “J’encule” qui, bizarrement, est peu passé, alors et depuis, sur les ondes, télévisuelles comme radiophoniques. Pourtant, ce mot vulgaire selon le Robert, est un mot polysémique. C’est-à-dire qu’il a plusieurs sens. Plusieurs contenus. Vulgaire, donc, pour certains, et donc bien souvent utilisé comme une insulte, il est aussi une pratique sexuelle plus vieille que l’Humanité (je parle pas du journal, enculé). Quand il n’est pas une simple virgule orale (je ne parle pas là de pratique sexuelle, oh enculé) dans certains coins du Sud-Ouest. Toulouse, justement ! Parlons-en de Toulouse et des Toulousains, enculé. Car c’est de la ville rose que nous vient un tout nouveau projet (celui dont je suis en train d’écrire, enculé) : KÜLÉ. Groupe autant que projet initié par Yoan Bresson, ex-batteur et co-fondateur des Brassen’s Not Dead. Qui déjà reprenaient le répertoire du Grand Georges afin de l’assaisonner à la sauce punk. Pourquoi “déjà” ? Parce que le titre “Allez s’faire enculer” que vous pouvez écouter sur youtube (lien ci-dessous), pour l’instant, n’est rien moins qu’un titre chanté par le moustachu de Sète. Chanté, mais jamais enregistré. Par lui en tout cas. Car il le fut (pas de bière, enculé) par son auteur, Jean Bertola, en 1985.

Mais qui diable est ce Jeannot, enculé ??? Ni plus ni moins que l’un des proches de Brassens ainsi que l’un de ses paroliers. Dont le texte de ce morceau précis.

Yo Bresson a donc bougé tout ce que Toulouse et sa région contiennent de musiciens afin de nous offrir un reboot du titre “Allez s’faire enculer” doublé d’une vidéo jouissive. Enculé. On y retrouve pêle-mêle Pierrot Sapu (ex-Garçons Bouchers et BB Doc), La Maggy, Didier Wampas, Prisca et Manon, l’inénarrable Pat Kore de Kurt137!, Guillaume Boutevillain (de Opium du Peuple ou Les Idiots) et même l’idole plus que locale Hakim Amokrane, de Zebda. Une plus belle liste d’invités pour un tel titre, c’était pas possible, enculé.

Pour réussir à produire tout ça, outre les musiciens, il s’est associé au réalisateur de documentaires Yan Grill (“Être avec les abeilles” ou “L’ortie, fée de la résistance”) auquel il a confié naturellement la réalisation du clip ci-dessus. Puis il a utilisé une plateforme participative, pour le financement, qui a plutôt bien marché, enculé, au vu de tous les contributeurs et trices que l’on retrouve à la fin du clip. Une fin qui nous offre d’ailleurs un beau panel de “enculé !”, dits, criés, hurlés, murmurés, gémis sur tous les tons. Un peu à la façon du “Hilh de Puta” de Piroulet, pour ceusse d’entre vous qui connaissent ce comique gascon des années 70, enculé. Et que je vous propose d’écouter ici dans la version de Jean-Claude Coudouy.

Plateforme participative qu’il relance (non, parce que je suis quand même là pour vous parler de Külé et de Yo Bresson, enculé) (pas pour vous initier à la culture gasconne) (même si ça me titille quand même, hilh de puta). Plateforme participative, donc, en forme de bis repetita afin cette fois de passer du clip au maxi vinyle. Oui. Vous comprenez bien. Yo Bresson fait tout à l’envers. Enculé. Nouveau projet qui devrait voir le jour en fin d’année avec en plus un nouveau titre-reprise de l’anarchiste de Sète. Et pour cela, il compte sur vous. Sur nous. Alors je vous invite à aller déposer votre écot sur le lien suivant, enculé :

https://www.cotizup.com/allersfaire

https://www.facebook.com/share/p/se2ENFmKYUR3nMMU/

Vous savez maintenant ce qu’il vous reste à faire. Dans le désordre, aller déposer des sous sur cotizup pour pouvoir écouter ce titre régénérant ailleurs que sur youtube. Mettre un pouce de Schtroumpf sur la vidéo du futur vinyle (à l’envers, je vous ai dit). Partager et repartager la dite vidéo afin de faire un max de pub à ces joyeuses productions. Et surtout, surtout…

(Tout crédit images ©Yan Grill et Yoan Bresson)

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On y pénètre à pas feutrés.

Quelques accords grattés à la guitare installent une tension. Sourde. Qui plane au-dessus. Tout autour. En dedans. Qui nous saisit. Le chant rythmé de Fred Denise introduit alors “Sista Porn”, cette menace glaciale qui fond sur nous et va tout emporter sur son passage, en une allégorie du covid19. Jusqu’à nous entraîner dans cette “Mass Murder Dance”, titre du premier morceau du tout premier, lui aussi, album de l’artiste normando-toulousain. La guitare épouse alors cette frénésie. L’ambiance est posée. L’écoute de cet opus basé sur le duo guitare-voix ne va pas se faire à la légère. On est pris. Dès les premières notes. Dès les premiers mots chantés.

Surgit alors le violoncelle de Caroline Menrath, acolyte de Fred sur le morceau éponyme “Otherside”, qui vient apaiser la tension installée. Et nous plonger entièrement dans l’univers de l’artiste. Un univers absolument pas parallèle. Un univers bien ancré dans nos préoccupations bien humaines. Dans nos travers. Comme dans nos attentes. Dans nos espoirs. Comme dans notre folie. Dans nos désirs. Comme dans nos rêves. Les plus fous.

Ce deuxième morceau, tout premier texte écrit par Fred Denise à la fin des années 90, plante en effet un décor plus intimiste. Grâce bien sûr à ces notes de violoncelle mais aussi par son texte. Balade sensible qui narre une attente vers une vie meilleure. Un autre côté qui ne peut être que mieux. C’est la promesse de cette musique, que l’on retrouve à la fin de l’album, en version violoncelle-voix cette fois. Telle que Fred Denise l’entendait dans sa tête depuis toutes ces années. Telle aussi une clôture tout en délicatesse alors que l’on quitte l’écoute de cette œuvre pour se replonger dans notre propre univers. Étrangement semblable à celui que nous invite à parcourir Fred Denise.

Heureusement, la guitare toujours simple et directe s’accorde à merveille à la voix chaude de Denise. Il en ressort alors une impression de réconfort malgré la dureté de certains morceaux.

” je suis venu te voir aujourd’hui/t’étais déjà parti/pourquoi comment on passe de l’autre côté du miroir/la peur, la douleur, les pleurs/le désespoir/je sais qu’on meurt aussi à l’intérieur/de trop y voir”

Ce dernier couplet du morceau “Folie” imprime le ton de ce sept titres. Alors que le texte aborde le thème de la schizophrénie, Fred Denise le fait tout en élégance et en humanité. Car il sait de quoi il chante. Lui qui a beaucoup côtoyé de schizophrènes et leur indicible souffrance.

Voilà ce qui fait le corps de cet album. Ici, point de récit fantasmé. Point d’élucubration. Fred Denise nous livre crument ce qu’il traverse, ce qu’il voit. Ce qu’il entend. Ce qu’il ressent. Ce qu’il vit. C’est un album très personnel que vous posez entre vos oreilles. Confectionné avec une sincérité qui agrippe. Tissé des liens sensibles qui nous unissent en tant qu’humains. Un album qui ébranle derrière son apparente simplicité.

Un album qui illustre pleinement la phrase d’Oscar Wilde “Nous sommes tous dans le caniveau, mais certains d’entre nous regardent les étoiles.”.

Voilà ce que vous offre Fred Denise.

Pour découvrir “Otherside” : https://freddenise.bandcamp.com/album/otherside-3

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C’est l’histoire d’un mec.

Alors oui. Mais non. Le mec dont je parle ne s’appelle pas Gérard. C’est Fred. Denise. Pas non plus celle à qui vous pensez. La mère. Non. FRED DENISE.

Fred Denise. Voilà le gars dont voilà (un bout) d’histoire (parce que bon, je suis pas son biographe non plus).

Né à Rouen chez les Vikings (oui, je sais, pas vraiment. Mais si je suis pas biographe, je suis pas historien non plus) (ou généticien), le petit (à l’époque) Fred entra dans la Vie tel un punk dans un bar glauque du port de Buenos Aires en poussant un “cri anormal”. Dixit son médecin accoucheur. C’est pas banal. Et ça pose son bonhomme.

Parti sur ces excellentes bases, le petit Fred décida de grandir. Comme tout le monde me direz-vous (même les nains grandissent) (si, c’est vrai). Mais sa particularité à lui fut qu’il se greffa une guitare. Il l’amenait partout. Ou elle le suivait partout. L’histoire reste discrète sur ce point précis. Et ce ne sont pas les douaniers de l’aéroport de Tel-Aviv qui nous apporteront une éclaircie, eux qui pensaient avoir à faire à une mitraillette. Alors, oui. Fred a très tôt perçu la musique comme une arme. Pas une qui tue, comme cette mitraillette fantasmée. Plutôt une qui éveille les conscience. À la manière d’un stylo. Ou d’un clavier (si je veux coller à mon temps). Bien qu’ayant été biberonné à Abba, Mike Brandt ou Joe Dassin pour ne citer qu’eux, Fred Denise s’est aussi confronté très tôt à Hendrix, aux Stones, puis à des Metallica, Noir Désir, Silmarils jusqu’à pousser le plaisir vers des Rachid Taha, Brassens, La Tordue. Le raï un peu. Le reggae beaucoup. Le punk très beaucoup (le premier qui me dit que c’est pas français, je lui fais chanter le Bescherelle 10 fois). Et tout naturellement, avec toutes ces influences s’entrechoquant dans ses vibrations, Fred devint un Mano Soliste convaincu et assumé. Mano Solo (dont est issu le titre de cet article) (ceux qui pensaient que je m’étais inspiré d’un certain Jean-Jacques, je vous mets un zéro pointé) (et je vous refais chanter le Bescherelle 10 autres fois), Mano Solo donc, qui entre ses albums solos (mouhahaha) (elle était facile) avait trouvé le temps d’enregistrer un superbe album à l’énergie et la sonorité punk avec son groupe des Frères Misères.

L’énergie punk. Quesaco ?

Car oui. On parle là d’un mec, Fred (c’est de Fred dont je parle) (plus de Mano) (encore moins de Jean-Jacques), qui ne va pas vous faire pogoter. Vous pouvez vous calmer de suite. Fred, c’est le croisement de toutes ces influences. C’est l’enfant naturel de Georges (le guitariste à la grosse moustache) et de Mano (LE Solo). C’est une épure musicale, guitare-voix. Agrémentée par touches étoilées d’un violoncelle. Empreinte de textes forts et ciselés évoquant les affres de nos vies maudites.

Cependant, comme toute épure, ça n’a pas été si simple. Fred ne s’est pas réveillé un jour seul face à sa guitare, toute greffée qu’elle était. Il a tenté. Pas le diable. Mais peut-être pas loin. Il a tenté. De créer des groupes. À plusieurs. À deux (oui, je sais, ça s’appelle un duo). Ainsi naquirent les finalement éphémères Otherside du côté de Rouen. Courte histoire pour ce groupe qui laissa tout de même le temps à Fred Denise d’embarquer par erreur l’ampli de Dominique Laboubée (oui, oui, celui des Dogs) ou d’écrire son tout premier texte qui porte le nom du groupe. Après une migration qui le vit troquer la pluie et les verts pâturages normands pour le soleil et les chocolatines toulousaines, naquirent également les Denise, groupe de reprises “un peu” (c’est Fred qui le précise lui-même) (je le crois, j’étais pas là) punk dont le nom (et donc le sien, si vous avez suivi) (enfin, le sien, le cherchez pas dans le bottin, c’est son nom d’artiste) (de toute façon il n’y a plus de bottin) punks (“ce sont les reprises des Denise qui étaient un peu punks”) (je vous fais un résumé, ça vous évite ainsi d’aller chercher mon début de phrase) et (“naquirent également les Denise et…”) les Fred’z, duo composé de deux Fred. On n’a pas dit non plus que les noms de groupe devaient absolument être originaux. Fred Denise (maintenant, vous savez) commence à voir les limites que lui imposent ses collaborations. Il est alors dans une zone de confort même s’il lui faudra encore un bout de route pour le comprendre. Une zone dans laquelle il se sent empêché.

Prise de recul oblige, il s’écarte momentanément de la scène. Devient un temps manager d’un groupe de reggae qui lui permet de mettre un pied dans les réseaux sociaux et de nouer des contacts avec des webradios notamment. En 2018, flottant sur son énergie (d’aucuns diraient “sur un coup de folie”), Fred propose à Éric de La Vraie Radio d’animer une émission “à tendance punk” comme il la présente. Et c’est un grand “oui” qui accueille la blague. Une blague qui prend le nom de “Let’s Rock avec Denise” et qui va s’étendre sur six années.

Cette émission hebdomadaire est diffusée au fil du temps sur différentes plateformes musicales. Elle permet surtout à Fred d’assouvir son penchant pour les groupes locaux auxquels il donnera la part belle. En programmant leurs morceaux, qu’ils soient auto produits ou non, à côté de groupes plus connus, il met en lumière plusieurs de ces groupes. Il fait également des rencontres déterminantes tant humainement que musicalement. Kurt137!, pilier de la scène punk toulousaine depuis les années 80 et dont il avait fait la première partie avec son duo de Fred, sont de ceux-là. Plusieurs émissions se feront en collaboration avec Pat Kore, le chanteur avec qui il noue des liens amicaux.

Arrive alors 2020 et son lot de contraintes. Si diffuser de la musique se trouve au cœur de son activité non-professionnelle, en jouer commence à fortement lui manquer. Et comme on dit d’un ancien alcoolique que “qui a bu boira”, Fred met, lui, plutôt au goût du jour “qui a joué jouera”. Plus qu’une drogue. La musique fait partie de son ADN. Il tente alors une nouvelle collab, avec Mr Alex Jah cette fois. Il quitte le tout électrique pour s’aventurer dans l’électro. C’est le morceau “Mass Murderer Dance” qui prend corps (on peut le retrouver sur son Bandcamp) (je vous donne le lien en fin d’article) (car on y trouve bien sûr aussi son album) (tout frais tout beau qui vient juste de sortir) (et dont je fais une chronique dans un autre article).

Ça le démange. (Jouer de la musique) (je parle pas des punaises de lit).

Il s’adonne alors à sa dernière tentative en date de se produire à plusieurs. Mais la vie a vite fait de renvoyer les Denise and The Gents là où ils étaient avant de commencer. Quelques problèmes de santé plus tard, Fred Denise prend conscience que s’il veut faire ce qu’il aime, il ne va devoir compter que sur lui-même. Sur scène et dans l’écriture en tout cas. Car ce sont bien des rencontres, toujours et encore, qui vont lui permettre de prendre son élan. Kurt137! et Pat Kore, toujours, comme une seconde peau. Mais aussi Lise Cabaret, chanteuse parisienne, qui lui montre qu’un set acoustique est parfaitement viable. C’est aussi Piero Quintana, avec son set solo-guitare-musique électro Quintana Dead Blues eXperience, qui lui fait prendre conscience qu’il “sera le seul à bien jouer ses propres compositions comme lui-même les entend”. C’est enfin les encouragements sincères de Mistiti (ex-Bérus) ou d’Olivier des Fils de Joie (oui, ceux-là même du “La Tour Eiffel/la Tour Montparnasse/la corde ou le gaz/un problème auquel/ohohoh je réfléchis”) (le morceau des années 80 “Adieu Paris”, quoi), qui lui donne l’opportunité de faire leur première partie à Toulouse pour la release party de leur tout nouvel album. Opportunité aussi offerte par Yves, le manager de Kurt137! qui l’invite à ce fameux concert d’artistes solos (sans Mano), le Fest’Yves, auquel participent les Lise Cabaret, Mistiti et autre Quintana.

Fred Denise avec entre autre sa seconde peau Kurt137!

Nous sommes fin 2023.

Il est temps.

Fred Denise se lance dans le grand bain : il décide de composer et d’enregistrer un album en…solo.

Il reprend alors plusieurs de ses textes écrits au fur et à mesure de l’histoire que je viens de vous conter. Dont naturellement le tout premier, “Otherside”. Qu’il va doublement adapter. Une version voix-guitare-violoncelle. Et une version juste voix-violoncelle telle qu’elle lui trottait dans la tête depuis toutes ces années. Il fait la rencontre de Caroline avec laquelle “ça matche” de suite. Telle une télépathe, elle saisit ce qui se joue dans la tête de Fred et le retranscrit via son instrument. Un passage en studio plus tard, et voilà le tout premier sept titres de cet artiste profondément touchant et sincère prêt à déferler sur le monde comme il le fait d’ores et déjà sur plusieurs webradios et autres plateformes de streaming musical.

https://freddenise.bandcamp.com/album/otherside-3

Pour le reste, pour l’avenir, mon rôle s’arrête là. C’est Fred qui va l’écrire.

“Cet album, il n’est pas parfait. Mais il me ressemble finalement, c’est celui que je voulais faire. L’avantage et l’inconvénient d’être seul , c’est que je n’ai pas de limite, je fais ce que je veux et comme je le veux. Je ne fais des concessions artistiques qu’avec moi-même. J’ai toujours raison à la fin ! Cette liberté est un inconvénient aussi car à plusieurs la limite – nécessaire, il faut savoir s’arrêter à un moment donné – est plus facile à trouver.”

Fred ne répondait pas là à ma question habituelle de fin d’interview : “pour toi, c’est quoi être punk ?”. Il y répond pourtant à merveille.

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Le début du 20e siècle s’est musicalement accompagné d’un genre que l’on appelait “la chanson réaliste”. Genre tellement dans sa vérité qu’il connut un succès renouvelé dans l’entre-deux-guerres avec des artistes du nom de Fréhel, Piaf ou Damia. À l’origine de ce style de chansons se trouve Aristide Bruant qui le premier chantait “le sort tragique de la masse des ouvriers, urbains, des apaches et des filles perdues.” (cf. Wikipédia). Mais quel est le rapport entre Aristide, les apaches de Paris et Kurt!137, groupe punk toulousain ?

Lorsque je découvre un album, fut-ce un “mini” comme ce dernier opus, je ferme les yeux et me laisse embarquer là où me mène la musique et les textes que j’écoute. Chose extraordinaire avec Pat Kore, JiLuk, Tom DCA et Bélu, la projection mentale me laisse immobile. Dès les premiers mots, je me retrouve… ici-même. Sur notre belle planète. Bleue. Des coups qu’on lui assène de manière implacable.

“Quand la première détonation déchira l’air du soir, plus d’animaux, plus de forêt, ça c’est réglé.”

“Asphyxie”, le morceau d’ouverture, pose le débat. Et donne le ton. Une basse puissante qui emporte tout sur son passage, une guitare aux accents de tronçonneuse et une batterie explosive, le tout surmonté d’un chant plein d’une colère froide, nous sommes pris à la gorge, coincés entre cette oppression/libération de l’énergie punk et la triste et néanmoins violence de notre monde, un siècle après Aristide Bruant. Si les masses laborieuses ne vont pas intrinsèquement mieux, se rajoute le cheval de bataille de nos amis Kurtiens : la destruction du monde et de la vie tels que nous les connaissons.

Depuis des années, la défense des animaux et de la nature est au centre des préoccupations des membres du groupe. Cela se retrouve dans nombre de leurs textes, que ce soit sur cette dernière production, “Irresponsables” ou dans leur précédent album, “Terres Brûlées”, sorti en 2020. Les intitulés de morceaux sont à ce titre très explicites. “Cellule de crise”, “Monde en dérive”(dont je vous conseille l’excellent clip que vous trouverez juste ci-dessous) ou “Irresponsables” qui donne son titre à l’ensemble.

https://www.youtube.com/watch?v=R2efY36gksI

Pour qui connaît déjà la troupe kurtesque, il n’y aura donc pas de surprise ici. Mais la confirmation que l’on n’est pas sur le plateau télé d’une émission animée par Michel Drucker. La musique est violente. Et pourtant entraînante. Dans le fracas musical qui nous est jeté à la figure s’extirpent continuellement des mélodies entêtantes qui pourraient faire l’objet de tubes de l’été si la masse (“écouteuse” celle-là) n’avait pas les oreilles lénifiées par le type d’émissions citées juste avant. Certains morceaux pourraient même facilement devenir des hymnes. Punks, les hymnes. Bien sûr. Car il y a du pogo en puissance dans chacune des notes de cet album. Impossible de rester immobile. On a envie de sauter partout. Contre tout ce qui nous entoure. D’autres sois si l’on est en concert. Des murs si l’on est seul chez soi. Ou les murs de la honte qui n’étouffe pas notre classe dirigeante et leurs affidés.

Ces hymnes et mélodies pourraient paraître incongrus dans un tel album, dans un tel propos. Car cela apporte une légèreté certaine à la dureté des textes et l’âpreté de la majorité de la musique. Mais comme Kurt!137 fait bien les choses, cette dualité nous ramène sans cesse à notre condition. Là. Ici. Et maintenant. Où l’on continue à s’amuser sans peine alors que nos pieds dansent non plus sur des charbons ardents mais bien sur des flammes. Hautes et incandescentes. Nous brûlons avec le sourire.

Mais pas Kurt!137 qui tente de nous transmettre sa sensibilité d’un monde aux abois. Chaque texte hurle, comme les loups, et nous commande de nous réveiller. Car comme le disait non pas un Apache mais un Lakota, Sitting-Bull pour ne pas le nommer, “lorsque le dernier ruisseau sera pollué, le dernier animal chassé et le dernier arbre coupé, l’homme blanc comprendra que l’argent ne se mange pas.” Cet album ne parle pas d’autre chose. Malheureusement. Car si vous pensez que ces Toulousains sont des êtres tristes, déprimés et sans amour, vous vous fourrez le doigt dans l’oeil jusqu’au coude. Et c’est justement pour cela, pour ce qu’ils sont humainement, dans cette beauté profonde que notre nature peut abriter, qu’ils savent aller toucher ce qui fait mal dans nos comportements collectifs. Ce qui déconne. Ce qui détruit.

“Tu n’es qu’une planète au bord de l’asphyxie, tu n’es qu’une fleur fanée sur le revers de ma veste, sur le revers de tes restes.”

Oui, c’est sombre. Violent. Désabusé ? Pas totalement. Il faut bien lire le Kurt pour s’apercevoir qu’il y a encore une once d’espoir. De “Terres brûlées” à “Irresponsables”, toute la production kurtienne retentit comme un ultime avertissement, comme une dernière alerte. Avant la fin. Ils nous chantent “juste” (doux euphémisme) un monde en dérive. Mais alors, tel des augures, écoutez les bien. Et tremblez vos derniers osselets lorsqu’ils chanteront “un monde finit”.

“Irresponsables” est à retrouver sur le site Bandcamp en suivant le lien ci-dessous.

https://kurt137.bandcamp.com/album/irresponsables?fbclid=IwAR0sCRGMuz9Ibj4cNz4naTofmqxqNyygUdnjtqN2AvFfSfG1Cy7B-pRnLAY

ou en contactant directement le groupe via sa page facebook

https://www.facebook.com/kurtcenttrentesept

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