Bruxelles, Paris, Londres, à l’orée de la Belle Epoque.

Georges Randal, issu d’une famille bourgeoise, voué à en perpétuer les valeurs d’ordre et de respect de la propriété, s’en affranchit pour se faire voleur, après que son oncle et tuteur l’a spolié de son héritage. Dans le combat qu’il engage contre son milieu, sera-t-il vainqueur ou vaincu, saura -t-il préserver un cœur pur?

L’action, aux rebondissements espiègles, nous fait rencontrer, à tous les étages du théâtre social, rentiers, politiciens, prédateurs de tous ordres, imbéciles de toutes obédiences, bourgeoises et cocottes (positions réversibles), malfrats épris d’art ou émus par la paternité, et un très énigmatique abbé.

Captant l’essentiel de son époque, Georges Darien nous convie à un jeu de massacre dont le nihilisme élégamment railleur n’épargne ni le scientisme en vigueur, tourné en farce pataphysique, ni la militance anarchiste.

Le roman évoque Mirbeau et Jarry – Vallès pour mémoire – dans un bonheur d’écriture corrosive et tendre, généreuse et désabusée. Boudé à sa parution, il attendra la faveur d’André Breton pour être reconnu en tant qu’oeuvre majeure, et l’adaptation qu’en fit Louis Malle au cinéma pour atteindre le grand public.

Un bouquet de perles volées:

” Je fais un sale métier, c’est vrai; mais j’ai une excuse: je le fais salement.”

” Il ne faut pas ronger tes ongles parce qu’ils sont à toi. Si tu aimes les ongles, mange ceux des autres.”

” L’existence est aussi bête, aussi vide, aussi illogique pour ceux qui la volent que pour ceux qui la gagnent.”