Flatland (1884) est une vraie curiosité littéraire, une fantaisie mathématique qui n’a point d’exemple et qui n’aura probablement pas d’imitateur…

Le récit est écrit à la première personne, et le narrateur en est un carré, noble habitant du Pays Plat, monde en deux dimensions où l’on ne voit que des lignes, où les humains sont des polygones et où les droites (en réalité, les femmes) sont sécantes… au sens propre, puisqu’elles risquent de tuer les autres figures en les coupant. Une fantaisie incroyable est déployée pour imaginer les us et coutumes, les révolutions et les lois sociales de ce Pays Plat, qui se révèle peu à peu être une véritable dictature. Les figures géométrico-humaines sont soumises à la hiérarchie la plus stricte, avec une ségrégation sociale cruelle. Les femmes-droites n’ont pas droit à l’éducation, tandis que les figures qui ont le malheur de naître irrégulières sont détruites; les triangles isocèles sont les esclaves des figures à angles égaux, elles-mêmes dominées par les cercles.

Le narrateur nous raconte les extraordinaires aventures, rencontres, découvertes, voyages, combats, qu’il a eu l’occasion de vivre en s’initiant à notre Pays de l’Espace, avant d’être enfermé dans un asile à son retour au Pays Plat. À l’instar du personnage de l’allégorie de la caverne, que ses compagnons enchaînés refusent de croire quand il vient les délivrer, le carré se heurte en effet au refus catégorique des figures plates de considérer l’existence d’un monde en trois dimensions…

Le texte, disponible ici grâce à la traduction bénévole et à l’aimable autorisation d’Oscar Dassetto, est parsemé de schémas mathématiques nous permettant de mieux comprendre certains passages.

Pour les amateurs de la série Big Bang Theory, voici le lien vers un extrait où l’on peut entendre Sheldon Cooper parler avec enthousiasme de ce classique anglo-saxon bien méconnu de notre côté de l’Atlantique.