« En me demandant de collaborer à ce numéro d’Europe, Jean Guéhenno m’écrit : « Chacun selon sa plus profonde et sa plus personnelle expérience se mettra devant le fiasco de ces vingt ans… chacun nous fera ses plus chaudes confidences. » J’userai de cette invitation qui m’offre une occasion d’interroger mes souvenirs plus librement que je ne l’ai pu faire dans Petit-Louis. Parce qu’il ne s’agit point de conter selon les règles ; parce que je n’ai pas tant à songer à un lecteur qu’à un confident, presque un ami, et qu’il me sera permis de livrer en vrac mes pensées. »
C’est ainsi qu’en cette année 1934, alors qu’une grande partie des intellectuels français a dores et déjà acquis la certitude qu’un nouveau conflit est inévitable, Eugène Dabit se penche sur les vingt années le séparant de la Première Guerre mondiale. Il fait revivre pour ses lectrices et lecteurs son entrée dans la guerre, mais aussi son entrée en écriture, la tentative de suicide déjà évoquée dans son tout premier roman, ainsi que le rapport à ses parents. Récit empli d’humilité, d’humanité et de reconnaissance filiale et professionnelle, ce texte – à peine un essai selon les propres mots de Dabit – est toujours d’une actualité et d’une nécessité brûlantes.