Ce jour-là, qui était le douzième d’avril du bel an du Seigneur mil trois cent quarante-deux, sous le pontificat du bon pape Benoît XII, tout Avignon était en fête. Et, comme, le soleil riait clair dans un joli ciel de moire bleue, qu’il soufflait du Nord un brave petit mistral plissant les eaux du Rhône et faisant claquer les voiles latines des tartanes qui y naviguaient, tout Avignon était dehors, aussi bien les habitants de la ville haute, à l’ombre du palais des Papes, où brillait le cœur de la Chrétienté, que ceux de la Calade, nobles et riches bourgeois demeurant en des hôtels aux façades sculptées et aux balcons habilement ferronnés, que les escholiers de l’Université et les commerçants, artisans et manouvriers du quartier de la Carreterie.