Chers audiolecteurs, je vous propose de découvrir une œuvre poignante d’Eugène Sue, Atar-Gull, son premier roman maritime qu’il dédie à son mentor du genre : Fenimore Copper. Le récit met en scène l’ignoble trafic des noirs, leur commerce comme de vulgaires marchandises et leur transport dans des conditions déplorables et honteuses dans des navires « négriers », voyageant de l’Afrique vers les terres d’Amérique et les îles des Caraïbes. Il raconte la longue, froide et cruelle vengeance d’un esclave noir Atar-Gull, d’une part contre le négrier Brulard et contre son maitre, Tom Wil et sa famille, riches propriétaires terriens d’une plantation de sucre en Jamaïque.
Dans cette œuvre abolitionniste, Eugène Sue dénonce chacun des maillons de la chaîne des trafics négriers :
– les tribus africaines qui se livrent des guerres haineuses et destructrices contre d’autres tribus, et vendent aux négriers leurs prisonniers respectifs.
– les intermédiaires et marchands négriers qui traitent les Noirs comme une simple marchandise sans âme,
– les propriétaires terriens qui humilient, exploitent, maltraitent sans scrupules leurs esclaves tout en se prétendant humains et généreux ; ils vont jusqu’à pendre les vieillards esclaves devenus improductifs pour toucher une subvention de l’État.
Pour servir son propos critique, Eugène Sue emploie une ironie mordante. Il raille même ceux qui semblent bienveillants avec les Noirs mais qui méconnaissent l’humiliation et la souffrance profondes que constitue l’esclavage. Il ridiculise leur paternalisme dont ils font preuve avec les « bons Noirs » vertueux qui ont été exemplaires et sont restés fidèles, loyaux, serviables à leur bon maître blanc.
Paru en 1831, le livre déclencha un scandale mais aussi l’enthousiasme par son audace, sa violence et sa critique féroce de la société bien pensante et de sa bienveillance hypocrite vis à vis des Noirs, déniant la réalité de l’esclavage encore pratiqué à cette époque dans les colonies occidentales.