Han Yu (768-824), grand écrivain de la dynastie Tang, a eu une influence considérable sur les générations qui lui ont succédé. Il réforme complètement le style, abandonnant le style ampoulé et maniéré (pian wen) qui avait cours depuis le IIIe siècle pour un style simple et naturel (gu wen).
Han Yu a eu une existence difficile, exilé par trois fois. Libéré des superstitions, il faillit être exécuté pour avoir osé se moquer de l’empereur qui s’était déplacé en personne pour accueillir une relique du Bouddha qu’il qualifia de simple os desséché.
Exilé en 819 à Chaozhou, dans le sud de la Chine, loin de la capitale, le naturel revenant au galop, il écrivit sa fameuse lettre aux crocodiles où il parodie pour en montrer l’inanité les décrets de la cour. Une chose le sauva, peut-être, c’est que les Chinois ont toujours cru que l’autorité impériale, émanant du Ciel lui-même, agissait sur la nature, animaux compris. Ainsi, sa fameuse lettre put-elle être prise au sérieux et l’histoire officielle dire que les crocodiles migrèrent effectivement de soixante lis pour atteindre la mer !