unenthullte: Recent Episodes

unenthullte

Unenthüllte is a musical and resonant experimentation project. Each piece is a conglomerate of multiple layers based on a numeric sound process and field-recording. Unenthüllte est un projet d’expérimentation musicale et sonore. Chaque morceau est un ensemble de couches multiples basées sur le traitement numérique des sons et de field-recording.

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Samples : - Atrium Musicae de Madrid, Harmonia mundi, HM 1015 https://www.discogs.com/fr/Atrium-Musicae-De-Madrid-Gregorio-Paniagua-Musique-De-La-Gr%C3%A8ce-Antique/release/14719962

  • Artuan de Lierrée, impro sur MTV Music Generator Twitch session : https://www.twitch.tv/videos/887855133?t=0h0m1s

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Une ballade sonore en pièces détachées, retrouvées à quelques centimètres d'ici... ou à plus de 5000 kilomètres.

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Chroniques de Noördheven - 21 février

Moi qui ai toujours peur de me perdre, j’ai une certaine appréhension à me promener dans ces vieilles rues étroites. Je me fais de vraies frayeurs quand je constate que la rue que j’emprunte ne mène pas du tout où je pensais aller. D’une promenade à l’autre, les artères semblent changer de place, les éclairages se modifient, l’entrée d’une rue est remplacée par une continuité de façades ; à l’inverse de la "Mohlenstrasse", la fameuse "ruelle ténébreuse" dans l'emblématique nouvelle de Jean Ray.

Même la notion de haut et de bas est perturbée. Bien que cette partie de la ville soit enfoncée dans un vallon, on trouve des escaliers interminables qui montent bien trop haut. Il y a des ponts qui enjambent des rues tortueuses. On descend quelques marches qui nous font passer dans un petit tunnel sombre et on se retrouve au-dessus d’une rue. On marche dans une artère qui monte pour arriver sur une place en contrebas. C’est complètement dingue. C’est bien simple, il n’existe aucun plan du quartier. Comme si les cartographes de la ville avaient baissé les bras devant l’incohérence pratiquement non euclidienne de cet imbroglio de ruelles.

Dans la catégorie des histoires absurdes, il y a celle de l’avion perdu. Elle m’est racontée par une dame qui habite en bordure du quartier et qui est, elle aussi, plutôt disserte sur les légendes de la ville. Il y a des années, venu dont ne sait d’où – il n’y a pas d’aéroport à Noördheven, je précise - un avion de tourisme a survolé le Labyrinthe. Juste au-dessus, les moteurs se sont coupés et il a plongé d’un coup, en plein milieu des rues. Le vacarme a été considérable : un grondement qui a fait vibrer toute la ville. Un bruit bien trop fort par rapport à la taille de l’appareil. Des témoins ont vu plusieurs maisons, heureusement vides, détruites et le sol qui se soulevait sur des dizaines de mètres comme un tapis qu’on secoue. L’avion n’a jamais été retrouvé ; les bâtiments écroulés étaient, le lendemain, parfaitement intacts. Comme si Le Labyrinthe avait fait disparaître toute trace de la catastrophe et s’était réparé tout seul. On dit que les passagers de l’avion, errent depuis lors comme des âmes en peine dans les rues, cherchant désespérément la sortie.

J’ai un peu du mal à la croire, évidemment. Encore une autre légende urbaine un peu folle de Noördheven.

Le vent semble se perdre lui aussi dans les rues du Labyrinthe. Accéléré ou ralenti, il prend des accents parfois graves, parfois cristallins. J’ai l’impression d’être entouré de présences éthérées, perdues tout comme moi et qui, dans une complainte, cherchent une sortie qu’elles ne trouvent pas.

Un conseil : allez-y en journée. Notez qu’il n’y a probablement aucun risque à s’y promener la nuit mais la lumière chiche des lampadaires assombrit plus qu’elle n’éclaire les obscures ruelles et, à l’instar de vous-même finalement, votre imagination galope dans tous les sens et vous fait voir, dans les ombres dansantes, des formes effrayantes qui tressautent sur les façades. Comme autant d’étranges êtres difformes d’ombres et de lumières animés d’une vie propre.

A une des sorties du Labyrinthe se trouve une place ronde – une "place métaphysique" comme l’appelle les habitants, mais j’expliquerai plus tard. Un espace dégagé, entouré par des arcades et d’anciennes colonnes avec, notamment, un bâtiment orné d’une grande horloge dont le claquement des aiguilles résonne dans l’air. Et au centre de la place se dresse la plus ancienne Tour Gardienne qui, de sa hauteur, domine tout le quartier. Un monstre de brique grise avec à ses pieds une porte monumentale. Je ne saurais dire pourquoi précisément mais même si elle était ouverte, je n’oserais jamais en franchir le seuil.

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Chroniques de Noördheven - 31 janvier

Passer le grand portique en fer forgé du Parc Silence, c’est comme traverser un sas. La grande ceinture d’arbres qui entoure le grand parc central de Noördheven étouffe les sons de la ville alentour aussi sûrement que l’on fermerait une fenêtre à double vitrage.

Par tous les temps, et notamment par ce jour frais et venteux de cette fin janvier, l’atmosphère de l’endroit est paisible. Dans le parc, au début de la grande allée, j’entends le cri d’un corbeau, un oiseau toujours présent dans la ville d’ailleurs. Des perruches sauvages aussi et un merle qui a dû oublier de s’en aller à la fin de l’automne et qui chante juste avant la pluie.

Un peu comme dans un lieu sacré, ou un musée à la rigueur, les promeneurs de cette fin d’après-midi parlent d’instinct à voix basse pour ne pas troubler le calme de l’endroit. Même les enfants jouent discrètement d’habitude mais je n’en vois pas aujourd’hui. L’espace de jeu est complètement vide et seul résonne le grincement des balançoires ballottées par le vent. Je me dis que ce balancement est peut-être dû au jeu d’enfants invisibles, discrets comme des fantômes.

A ce sujet, j’ai parfois l’impression d’en croiser par ici. Tout à l’heure, j’ai cru voir, de dos, mon père qui se baladait dans le parc, près du grand kiosque, dont la forme imposante se dresse au centre du parc. Un peu plus loin, j’ai cru voir filer dans un buisson un chat forestier qui ressemblait comme deux gouttes d’eau au premier chat que j’ai eu, il y a bien longtemps. Mon père comme le chat nous ont quittés depuis longtemps. Je sais bien que ce n’est pas vraiment mon père ni mon chat, mais cette vision m’a troublé un moment. De plus, au second regard, il n’y avait personne près du kiosque ni aucun mouvement dans les buissons.

Sur un banc, alors que je regarde l’étang aux canards, qui brillent par leur absence en cette saison, je me dis que cet endroit pourrait s’appeler le parc Souvenirs.

Je ne suis ni triste ni gai. Je suis comme en suspension dans un endroit hors du temps. Je ne vais pas retourner dans les bruits de la ville. Plus tard sans doute. Mais pas maintenant.

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Chroniques de Noördheven - 14 janvier

C’est une vraie forteresse médiévale qui domine le quartier du Labyrinthe. Ce dernier étant construit dans une des vallées de la ville, cela renforce encore d’avantage l’impression d’écrasement que donne le bâtiment. C’est quelque chose que ce Château Rouge, construit, il y a plus de mille ans, pour protéger les habitants de la petite ville de l’époque, structuré par des murailles de massives pierres rouges orangées (je me demande de quelle carrière sort des pierres d’une telle couleur, cela dit).

C’est aujourd’hui une vraie attraction touristique et culturelle. On y trouve un musée assez étonnant autour des arts sonores, un autre sur l’histoire de la ville (où je traîne souvent pour le moment, histoire de me documenter), un théâtre et une salle de concert. Il y a aussi une sympathique taverne très rustique où l’on y mange très bien.

Je garde un très fort souvenir de ma première vision de l’endroit. Depuis la grande grille qui donne accès aux jardins, je grimpais laborieusement vers le château posé sur son pic rocheux. C’était un début de soirée d’automne. Les rayons du soleil traversaient les arbres et renforçaient les couleurs dans les dominantes orange et rouge du feuillage. Pour couronner le tout, une brume s’étendait dans toutes les directions et diffusait encore d’avantage la lumière.

Avec les formes fantomatiques entre-aperçues d’autres promeneurs dont les conversations me semblaient assourdies, avec la masse rouge du château en arrière fond et ce brouillard orangé autour de moi, j’avais la sensation de me promener dans un immense incendie figé dans le temps.

Il se passe aussi des choses curieuses avec le temps quand on se promène sur les fortifications. Ce n’est pas plus bizarre que d’autres phénomènes de cette ville. Mais quand même, ça surprend la première fois. En effet, il y a une bonne heure, je contemplais le paysage depuis un des points de vue et là, maintenant, après avoir fait le tour de l’enceinte, je me vois à nouveau en train de regarder la ville. Et je sais que si je m’approche, j’aurai disparu.

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Chroniques de Noördheven - 31 décembre

A quelques heures des célébrations de la Saint-Sylvestre, je prends un verre généreusement servi d’un vieux whisky écossais. Moi, assis sur une chaise un peu bancale, et le verre posé sur une petite table ronde tout en bois patiné. Le tout dans la grande salle de l’auberge « La Capitainerie » sise à quelques encablures du port de pêche de la ville.

Assis en face de moi, l’actuel propriétaire des lieux m’explique, en mâchant ses mots dans sa grande barbe, que le lieu est d’habitude fréquenté par les marins et autres vieux loups de mer qui, chahutés par les courants, éreintés d’une laborieuse journée de pêche, viennent le soir se réconforter d’un bon verre. Aujourd’hui, les touristes et quelques rares habitants du quartier sont les seuls clients de l’auberge. Car, continue-t-il, beaucoup de marins, en hommes simples bien qu’honorables, sont fort superstitieux. Et d’une voix plus sourde d’ajouter : « les bruits dans la cave semblent, ces derniers temps, se rapprocher ».

Je n’ignore pas qu’un phénomène étrange est associé à ce lieu, un mystère parmi beaucoup d’autres de cette ville : on rapporte, à certains moments de l’année, que des bruits résonnent dans la cave, derrière une grande porte condamnée que personne n’arrive à ouvrir. Des bruits que l’on m’avait étrangement décrits comme « les battements de cœur d’une machine inquiète ».

La pluie venteuse qui a remplacé les quelques flocons de neige de la veillée de Noël tape aux vitres, soutenue par le son d’un orage lointain. Ce moment me donne une curieuse sensation d’étrangeté. C’est bien simple, j’ai l’impression d’être en plein milieu d’un récit de Jean Ray.

Je souris au propriétaire, bois une gorgée de cet excellent whisky et regarde vers les fenêtres qui s’assombrissent, martelées par la pluie. Je me demande si j’oserais descendre à la cave.

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Les chroniques de Noördheven, 24 décembre

Pendant un moment, j’ai l’impression d’être en plein milieu du Strip de Las Vegas. Cette immense avenue de pratiquement 7 kilomètres qui traverse la ville américaine du Nord vers le Sud, bardée de part et d’autres d’hôtels casinos gigantesques et rutilants.

J’y pense un moment mais l’illusion s’amenuise rapidement. D’abord, l’avenue où je me trouve est beaucoup plus petite, un bon kilomètre à tout casser. Ensuite il n’y a qu’un seul casino et quatre grands hôtels, bâtiments certes impressionnants et plutôt atypiques dans leur conception architecturale, mais rien d’aussi tape à l’œil qu’à Vegas.

Probablement que ce souvenir de la ville américaine doit m’être suggéré par les illuminations de Noël. Les maisons de maître, les hôtels et autres résidences particulières qui ornent les deux bords de cette avenue luxueuse du centre-ville sont effectivement magnifiquement décorés.

On y trouve aussi quelques boutiques, de produits de luxe évidemment, mais aussi quelques devantures d’artisans qui, par leur vitrine assez rude et simple, font un curieux contrepoint modeste avec la richesse affichée de l’endroit. Ce qui ne dérange pas les nombreux passants qui, indifféremment, entrent et sortent de tous ces commerces, histoire de boucler leurs derniers achats de Noël.

Je relève mon col de manteau et assure un peu plus mon chapeau, car il souffle un vent de nord-ouest, piquant et en rafales. Pour le décor de cette fin d’après-midi sans soleil, quelques flocons de neige se décident même à tomber, histoire de participer à l’ambiance.

Puis, autour de moi, un étrange son de clochettes se met à résonner, démultiplié, réverbéré par la nature particulière de l’air ambiant. Je ne serais même pas étonné de voir filer un traîneau dans le ciel.